BIOGRAPHIE
Ody
Saban est née le 30 avril 1953, enfermée à triple tour dans le
ghetto juif sépharade d'Istanbul. Cependant, neuf ans plus tard, au
grand scandale des juifs musulmans comme des Turcs juifs, sa mère
divorce puis se remarie avec un artisan musulman. De neuf à seize
ans, Ody s'initie avec son beau-père aux arts de la restauration de
miniatures, d'enluminures, de fresques, de toiles, de peintures sur
porcelaine et sur verre. Elle reçoit une éducation catholique par
les sœurs françaises et italiennes.
A seize ans, elle fuit
la dictature turque et s'expatrie dans l'état d'Israël. Elle épouse
alors la cause du peuple Palestinien.
Pendant dix ans, en
Israël, puis à Paris, elle travaille un peu partout. Cela lui
permet d'obtenir un diplôme d'Arts plastiques à l'Université de
Haïfa en 1976 et de fréquenter, à Paris, en 1977, les Beaux-Arts
( jusqu'en 1980). Après quoi, elle habitera Manhattan avec le
photographe Gilles Perret.
Ses longues dérives dans New York
donneront lieu par la suite à deux livres. À New York, elle y monte
des sculptures monumentales en papier mousseline très fin, toutes
destinées à être dispersées par le vent. Parmi elles, un grand
cerf-volant de sept mètres avec des masques et des seins. Parmi ses
nombreuses expressions artistiques, elle pratique la danse, la
peinture, la poésie et des performances dans des squats d'artistes
et joue un rôle important dans le mouvement Art Cloche, en 1983.
Parallèlement, elle a comencé une œuvre personnelle, qui mêle
des phrases en plusieurs langues à ses peintures aussi bien sur des
carrés de 10 cm par 10 cm que sur des rouleaux de 20 mètres. Elle
fonde, à Paris, le mouvement Singulières Plurielles, puis Art et
Regard de Femmes.
Lors d'un séjour à Boston, elle réalise
une série d'aquarelles sur les oiseaux et les oiseleurs. Elle
continuera longtemps à peindre des personnages à plumes. Elle écrit
un reportage sur la prison des femmes d'El Passo ( Texas) où sont
enfermées des Salvadoriennes fuyant les escadrons de la mort et
traitées comme des bêtes de cirque par une famille de fous. Elle
donne un spectacle de théâtre lors d'une visite guidée de la
prison d'Alcatraz. Les gardiens sont assez surpris pour qu'elle soit
pas inquiétée. C'est en Californie qu'elle commence à peindre de
grandes toiles qui ont certaines analogies avec la peinture de
Léonora Carrington qu'elle ne découvrira qu'un peu plus tard. Sa
peinture, qui est son activité principale, évolue vers une
inspiration plus profondément érotique et plus lucidement créatrice
de mythes nouveaux. Elle s'implique également dans différents
mouvements de femmes. Après un long séjour aux Etats-Unis, elle
rentre en France où elle réside actuellement et épouse un homme
qui lui donnera un enfant, sa fille Eden, en 1982.
Dès 1990
elle réalise un livre "entier", abondamment sculpté,
peint, écrit, calligraphié, imprégné de bribes d'objets, de
plantes, de parfums... Cet objet vivant de 5 kilogrammes est la continuation
d'une bibliothèque magique. Elle sympathise en 1990 avec Vincent
Bounoure, qui a permis la continuation du mouvement surréaliste
français après le bouleversement profond qui suivit la mort d'André
Breton en 1966. Elle participe dès lors aux principales activités
du groupe de Paris du mouvement surréaliste (expositions
collectives, tracts, manifestations, contes, poèmes, créations de
jeux, réflexions...). Avant comme après la mort de Vincent Bounoure
en 1996, elle collabore aussi aux revues internationales Analogon (Prague), SURR (Paris), Salamandra (Madrid). Elle participe à
beaucoup de réunions où se côtoient des surréalistes actifs du
vivant d'André Breton et de nouvelles générations. Peu
à peu, elle fera connaissance de surréaliste d’autres pays où
existe un mouvement surréaliste novateur (Tchéquie, Slovaquie,
Angleterre, Suède, Espagne, USA, Ioannina Athènes…).
Elle
fraternise avec L'art Brut et Singulier, côtoie les groupes de
recherche Art et Psy. En 1998, elle vit quelques jours à Chicago,
chez Franklin Rosement et Pénélope Rosemont. Grâce aux écrits de
Pénélope, elle découvre de nouvelles créatrices de haut niveau
dans l'histoire du surréalisme. Elle sympathise avec Gérard Sendrey
qui a fondé le Musée de la Création Franche, à Bègles. Une
longue correspondance commence. Elle fait un art qui est très
érotique et très fort, qui a des affinités avec l’œuvre d'Aloise.
Elle commence à soutenir en 1993 l'art des fous et des
handicapés mentaux comme les trisomiques 21et collabore aux
différents mouvements d'outsider Français et étrangers. Elle
diffuse actuellement l'oeuvre d'Albert Mouhadeb enfermé à l'hôpital
psychiatrique de Tel Aviv.
Ody
Saban dessine à l'encre de Chine sur du papier mousseline, pratique
l'aquarelle et la peinture (huile et acrylique). Ces sortes de
broderies aux couleurs chaudes rappellent les miniatures, mais aussi
l'univers cosmopolite qui règne en Turquie, ce dont elle reste imprégnée. Ses dessins évoquent l'érotisme amoureux et chaque
feuille est remplie d'enchevêtrements de corps, de visages, de
fleurs, exprimant ainsi la plénitude féminine. Si elle s'identifie
à Lilith, la femme maudite, c'est pour mieux combattre la misogynie,
mais aussi pour révéler la magie qui se dégage de son univers
chargé d'onirisme fantastique. Depuis 1977, elle a participé à
plus de 60 expositions personnelles et a participé à des centaines
d'expositions de groupe.
Thomas Mordant